Cambodge : Angkor (évidemment) mais pas que… loin de là…

Marion et moi avons eu 10 jours de congés la semaine dernière pour cause de fête du Têt (nouvel an chinois), qui offre 4 jours de congés aux salariés locaux. Nous avons décidé de visiter le premier pays avoisinant le Vietnam Sud, à savoir le Cambodge.

Avant d’expliquer les étapes de notre périple, quelques petites précisions sur certains « fils rouges » de notre voyage :

–          Prendre un bus au Cambodge est un voyage en soit : on vous annonce 6h de voyage et vous arrivez au bout de… 11h (ca c’est pour notre voyage aller Ho Chi Minh/Phnom Penh ; le bus s’arrêtant toutes les 2 heures, ou 20 minutes, ou 5 minutes, en fait dès que le chauffeur voit un ami à lui sur le bord de la route ; le bus sert également de porte marchandises si bien qu’il s’arrête aussi à certains magasins pour prendre des paquets). La voie centrale à l’intérieur du bus fait également office de sièges (ils utilisent des mini-fauteuils en plastique) ; last but not least, une télévision installée au devant du bus crache en permanence du karaoké si fort que vous avez même du mal à entendre la musique sortant de vos propres écouteurs…

–          Le pays est globalement centralisé sur Angkor. Les cambodgiens ont bien compris que les temples étaient leur plus bel atout, et on ne compte plus le nombre d’éléments portant le nom ou le symbole d’Angkor Wat (des bières « Angkor » au drapeau national). Néanmoins, comme vous le verrez, le pays est bien plus que le seul site d’Angkor…

–          Ce type de voyage permet toujours de faire des rencontres riches, parfois improbables. Du vieux cambodgien heureux comme tout de reparler français, à des jeunes prêcheurs américains d’une vingtaine d’années installés depuis 2 ans dans le pays pour convertir les esprits faibles, en passant par un routard, un « vrai »,  parti depuis 3 ans de France et sillonnant l’Inde, le Népal , la Thaïlande et autres pays d’Asie du Sud Est en campant ou en dormant chez l’habitant, nous avons pu rencontrer des personnes vraiment intéressantes.

–          LA découverte : le fameux tuk tuk, une moto trainant derrière elle une carriole ultra confortable. Nous avons pu l’utiliser à maintes reprises sur le site d’Angkor ou à Phnom Penh et ce fut bien plus agréable que les taxis saïgonnais.

–          La plus grande richesse du Cambodge : les cambodgiens. Beaucoup plus souriant de nature que leurs voisins vietnamiens, ce fut un réel plaisir que de découvrir ce peuple. Pratiquant l’anglais, même très jeune, ils font également beaucoup plus d’efforts pour comprendre les étrangers de passage. Une personne qui ne serait pas au courant de la tragédie qui a touché le pays entre 1975 et 1979 ne s’apercevrait presque de rien. Ils ont réussi à se relever et à regarder de l’avant. La seule chose trahissant ce drame est le nombre important de jeunes et d’enfants présents partout où l’on va… on remarque un trou dans la pyramide des âges (plus de 1 cambodgien sur 4 est mort pendant le génocide perpétré par les khmers rouges).

–          Impossible de parler des Cambodgiens sans faire un aparté dédié pour les petites filles cambodgiennes qui sont vraiment, mais alors vraiment trop mimi. On comprend mieux en allant là bas pourquoi Angelina Jolie et Brad Pitt ont voulu en ramener dans leurs bagages.

Voilà pour quelques informations principales, passons maintenant au voyage !

Jour 1 : Découverte de Phnom Penh

PP est une ville aérée, parsemée d’immeubles relativement bas. La circulation est moindre et n’a vraiment rien à voir avec Saigon. En bref, c’est une ville très sympathique, moins orientée Business que Ho Chi Minh, même si on sent que des immeubles commencent à pousser un peu partout.

A l’aide de nos amis tuk tuk, nous avons donc visité ce premier jour les principaux lieux de la ville à savoir le palais royal (architecture khmer intéressante, visite sympathique mais pas exceptionnelle), le musée des beaux arts (construit par les français qui ont eu la bonne idée de conserver les standards architecturaux khmers), quelques wats locaux (temples-écoles bouddhiques) et le marché central.

Jour 2 : Journée Génocide

Et oui, il fallait bien passer par là…

C’est toute la contradiction du Cambodge qui est connu pour le meilleur de ce que les hommes peuvent créer (Angkor) et pour le pire… La journée a donc commencé par l’école/prison Tuol Sleng, la célèbre S21. Ecole transformée en prison lors de l’avènement des khmers rouges, elle fut le lieu de torture de plus de 20 000 cambodgiens. Si ces lieux étaient très nombreux dans tout le pays, celui-ci est particulièrement oppressant et particulier car il se trouve en pleine ville, à quelques mètres des habitations. Sans faire de cours d’histoire sur le Génocide (Wikipedia est très bien pour cela), il faut quand même rappeler que ce fut un véritable traumatisme pour la population car ce génocide a la particularité d’être un auto-génocide, Pol Pot exterminant son propre peuple. Le simple fait de porter des lunettes ou d’avoir un stylo, était susceptible de vous faire apparaitre comme intellectuel pour les khmers rouges et donc vous rendait potentiellement dangereux pour le parti. Très ordonnés, les khmers rouges photographiaient chaque visage entrant à la prison S21 et le mémorial présente ces clichés. Ce qui m’a frappé le plus en les observant est le regard de ces personnes : si la peur et l’incompréhension sont la plupart du temps présentes, certains laissent apparaitre  un sourire… dernier pied de nez au régime ? Réflexe face à l’objectif ? Inconscience de ce qui allait suivre ?

Ce fut en tout cas une visite très intéressante, et que nous ne pouvions éviter. Dernière anecdote : seules 7 personnes survécurent à cette prison, et encore grâce à leur talent de mécanicien et/ou peintre…

La deuxième partie de la journée fut consacrée à la visite des Killing Fields de Phnom Penh. Il s’agit d’un espace de verdure situé à quelques kilomètres de PP où les khmers rouges amenaient les prisonniers de la S21 après les avoir torturés afin de les tuer. Des dizaines de fosses communes ont été mis à jour, le plus jeune squelette recensé n’ayant même pas un an…  Quand on pense que les khmers rouges ont continué à être reconnus par l’ONU après le génocide et que Pol Pot est mort tranquillement en 1998, on se dit qu’il est dommage que le Cambodge n’ait pas eu plus de pétrole ou de gaz sous son sol. Cela aurait certainement incité la communauté internationale à intervenir.

Deux visites essentielles qu’on ne peut éviter quand on va à Phnom Penh.

Jour 3 : Les villages flottants du Tonlé Sap

Après un trajet en bus de nuit pour Siem Reap (la ville avoisinant les temples d’Angkor), nous avons décidé de débuter nos visites locales par les villages flottants du lac Tonlé Sap.

C’est un lac bien particulier puisque qu’il se déverse via un long fleuve dans le Mekong , qui finit sa course au Vietnam. Jusqu’ici tout est normal, mais en période de fortes pluies, par un jeu de vases communicants, le Mekong déverse son surplus dans le fleuve Tonlé Sap qui coule dans le sens inverse (!), c’est-à-dire vers le lac, au centre du pays, qui du coup augmente sa superficie par 4 et sa profondeur par 10 !

Que sont les villages flottants ? Ce sont des maisons de bois ou de bambous, construite sur des structures flottantes et agglomérées en village. On trouve même une école, une église et un supermarché flottant ! Cela leur permet d’échapper à la taxe foncière. Leur village évolue donc au fil des crues et des moussons… une visite atypique !

L’après-midi, nous n’avons pu échapper à la tentation de mettre un premier pied sur le territoire ancien des khmers en visitant Angkor Wat et en s’offrant un magnifique coucher de soleil.

Jour 4 et jour 5 : Angkor

Deux jours étaient bien nécessaires pour voir les temples d’Angkor.

Alors le verdict ? J’ai trouvé le site extrêmement beau. Les temples ont tous leurs particularités et leur âme, si bien qu’on passe de la Majesté d’Angkor Wat, à l’énigmatique Bayon, sans oublier (peut être mon préféré) Ta Phrom et ses arbres qui embrassent les courbes de son architecture.

Le site faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO, tout est très propre et facilité pour les millions de visiteurs qui viennent voir le site chaque année. Les trajets entre les temples se font en vélo, à pied ou en tuk tuk sur des routes la plupart du temps goudronnées. Au niveau du cadre général, la forêt aux alentours m’a semblé moins dense et humide que ce à quoi je m’attendais, cela étant sans doute dû à la saison sèche.

Petite ombre au tableau, il faut avouer qu’après avoir vu les restes des civilisations aztèques et mayas, et surtout (surtout) égyptienne, la portée historique de ces temples ne m’a pas paru trop impressionnante. Ce qui m’a fasciné est plutôt l’ampleur du site : 500 ans d’histoire nous observent aurait dit le corse. De Charlemagne à Charles VIII tout de même ! Et sur un seul lieu, avec une relative homogénéité architecturale… Quand on pense qu’au début du 13ième siècle, l’empire Khmer était à son apogée et englobait une grande partie de l’Asie du Sud-est, et que Gengis Khan dominait l’Iran, la Chine et la Mongolie, pendant que nous étions dans nos croisades et nos châteaux forts, on se dit que les puissants de ce monde étaient en Asie…

Visite donc magnifique, variée, enrichissante qu’on gagnerait à effectuer à diverses périodes de l’année pour vraiment capter toute la beauté du site.

Jour 6, jour 7 et jour 8 : voyage au cœur du Mondulkiri

Le Mondulkoi ? Marion et moi avons voulu voir autre chose que le tracé habituel effectué par tout bon touriste en vacances au Cambodge, aussi nous avons décidé de visiter le Mondulkiri, région peu touristique et peu connue du Cambodge située à l’est du pays.

Nous avons donc élu domicile dans une sorte de camping isolé proche de Sen Monorom, capitale de la région et seule « vraie »ville de la région, où nous dormions dans une cabane sur pilotis (cabane très luxueuse tout de même).

Le Mondulkiri est très vallonné et c’est un peu le poumon du Cambodge : des forêts à perte de vue entrecoupée de prairies où se dessinent parfois quelques villages locaux. Les gens y vivent essentiellement de leurs récoltes et de leurs troupeaux.

Le premier jour dans ce nouveau monde, nous avons décidé de partir faire un trek d’une journée dans la forêt. Comme nous ne souhaitions pas marcher, nous avons opté pour le taxi local : l’éléphant ! Une pause le midi nous a permis de découvrir la beauté des lieux (on se serait cru dans « Et au milieu coule une rivière ») et j’en ai profité pour laver notre éléphant dans la rivière !

Nous avons ensuite terminé notre journée par une visite d’un petit village local et avons pu constater que les maisons dans lesquelles vivent la plupart des habitants du Mondulkiri sont très rudimentaires et consistent essentiellement en une grande pièce qui sert à la fois de chambre, de salon et de cuisine et qui abritent  souvent une famille très nombreuse (parfois avec plusieurs générations).

Le second jour, nous avons loué une moto afin de sillonner les environs et de partir à la découverte des richesses de la région. De cascade en cascade, de colline en colline, nous avons donc emprunté les chemins sinueux du Mondulkiri et profité de ce bain d’oxygène qui nous était offert. Pour la petite histoire, j’ai pu m’apercevoir que freins à disque et route de terre avec petits cailloux ne font pas bon ménage…mais heureusement pas trop de casse !

Inutile de m’étendre trop sur cette journée, les photos parlent d’elles-mêmes.

Le Mondulkiri fut donc une excellente découverte, qui nous aura permis d’oublier le rythme trépidant de la vie saïgonnaise et de profiter de paysages naturels magnifiques, perdus quelque part au bout du monde.

Le reste du voyage fut dédié à notre retour sur Saigon, via une petite halte par Phnom Penh.

Au final, nous avons donc découvert un pays multiple, qui ne doit pas être réduit à un simple temple sur un drapeau. Quant aux Cambodgiens, que dire si ce n’est qu’il y a plus de vie dans leurs yeux que dans ceux de beaucoup de personnes qui n’auront jamais à vivre les drames qu’ils ont traversés.

Le Cambodge est mort, vive le Cambodge !

PS : Ci-dessous le lien vers l’album Picasa associé

CAMBODGE
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5 commentaires pour Cambodge : Angkor (évidemment) mais pas que… loin de là…

  1. Philippe Couture dit :

    Aussi à l’aise sur un éléphant que sur une autruche. Tu vois, quand il n’y a pas de frein à disque, ça marche mieux!
    Encore un reportage qui donne envie de retourner dans ces régions. Dommage qu’il y ait des rats…

  2. JC.P Couture dit :

    Voilà du vrai tourisme !!!!! et vous avez bien raison d’en profiter puisque vous avez là , la possibilité de joindre travail et loisirs . Nous prenons toujours autant de plaisir à tes reportages que nous imprimons chaque fois . Bises à partager avec Marion .

  3. Dominique LAJUS dit :

    Pour quel tour opérator travaillez-vous? c’est juste pour avoir d’évenuelles réductions sur nos prochains voyages.

  4. BARADAT-RISTOR dit :

    Bonjour vous deux. Il y avait longtemps que nous n’avions pas consulté votre blog, bravo pour photos et commentaires; on a presque l’impression d’y être…. Je sais qu’il est un peu tard pour le faire, mais bonne année quand même.
    Des nouvelles aussi d’ici: Dax a « étrillé  » Pau! nous sommes contents!
    Nous vous embrassons

  5. Ping : Partie 3/3 – Le sud de la Jordanie : de Indy à Lawrence | Un Visa pour le Monde

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