Bangkok, ville de contrastes

Nous sommes partis le week-end dernier, Marion et moi, passer 3 jours  à กรุงเทพมหานคร อมรรัตนโกสินทร์ มหินทรายุธยา มหาดิลกภพ นพรัตน์ราชธานีบุรีรมย์ อุดมราชนิเวศน์มหาสถาน อมรพิมานอวตารสถิต สักกะทัตติยะวิษณุกรรมประสิทธิ์, soit Krung Thep mahanakhon amon rattanakosin mahintara ayuthaya mahadilok phop noppharat ratchathani burirom udomratchaniwet mahasathan amon piman awatan sathit sakkathattiya witsanukam prasit, soit la « Ville des anges, grande ville, résidence du Bouddha d’émeraude, ville imprenable du dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, généreuse dans l’énorme Palais Royal pareil à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédiée à Indra et construite par Vishnukarn» – le nom de ville le plus long du monde -, communément appelée Bangkok. Pour faciliter la lecture de cet article, je n’utiliserai pas la transcription littérale du nom thaï, mais simplement « Bangkok ». Pour l’anecdote, après le pillage et la destruction d’Ayutthaya (une des anciennes capitales du Siam) par les Birmans en 1767, le général Taksin décida de déplacer la capitale à Bangkok, petite ville placée plus bas sur le fleuve Chao Praya. Le nom de Bangkok n’a plus été utilisé par les Thaïlandais depuis la fondation de cette capitale (ils l’appellent Krung Thep), certains habitants des provinces les plus reculées du pays n’ont même jamais entendu parler de ce nom ! Pour des raisons inconnues, ce changement n’a semble-t-il jamais été perçu par les étrangers, qui persistent, plus de 200 ans plus tard, à considérer à tort que le nom officiel est Bangkok.

Revenons à nos moutons. Bangkok nous est apparu comme une ville immense, où règne une chaleur intense (plus qu’à Saigon) et une humidité permanente. Fini les klaxons des motos, ici les voitures ont repris leur droit et le trafic est impressionnant aux heures de pointe. Bangkok est une ville multiple et il est donc difficile de la décrire en quelques mots. On passe d’un passage Singapourien de gratte-ciel à un quartier chinois tout en odeurs et en couleurs, de Wats magnifiques à des marchés sans fin, des quartiers bruyants et bouillants de Patpong, le célèbre quartier Chaud de Bangkok, aux Khlongs, ces canaux qui rappellent que Bangkok n’a pas toujours été cette cité tentaculaire (au 19ième siècle, environ 90% de la population habitait dans les khlongs).

En un siècle, Bangkok a vu sa population multipliée par 10 en franchissant la barre des 10 millions d’habitant. Si elle a plutôt bien réussi son virage vers la modernité, il est possible de s’y sentir perdu, emporté par la vie locale trépidante.

On s’y déplace en tuk tuk (assez cher), en taxi (tous indiquent « taxi-meter », mais très peu le sont réellement), en bateau (de nombreux bateaux-taxi très bon marché passent toutes les 10 minutes à différents arrêts/stations sur le Chao Praya) et en métro (aérien ou sous-terrain). La plupart des rues sont piétonnes mais les distances et la chaleur sont telles qu’on se laisse vite séduire par les taxis qui passent en continu.

Petit point historique, il est important de préciser que de tous ses voisins, c’est le seul pays à ne pas avoir été colonisé, ce qui lui a permis de garder une certaine cohérence dans son évolution artistique. Situé entre l’Indochine (France) et la Birmanie (Grande Bretagne), le Siam s’est efforcé de garder sa neutralité dans la colonisation grandissante (même si cela lui a coûté d’abandonner certains de ces territoires, notamment l’actuel Laos).

Jour 1

Après une arrivée en fin de matinée, nous nous sommes baladés dans le quartier Chinois local. Quel plaisir de trouver, enfin, un vrai Chinatown ! Même celui de New-York parait insignifiant à côté. Ici, on est véritablement en territoire chinois. Guidés par les odeurs de la rue, nous avons poursuivi notre découverte des quartiers locaux par plusieurs marchés (dont le célèbre marché aux fleurs dont les bouddhistes se servent beaucoup dans le cadre de leur culte).

Après avoir pris un taxi-bateau – très pratique- pour traverser la Chao Praya, nous avons découvert notre premier Wat : le Wat Arun. Très beau Wat (Temple, lieu de culte bouddhiste pouvant abriter habitations pour les bonzes, écoles ou autres) d’inspiration angkorienne.

Le soir, Marion a insisté pour qu’on réalise l’un de ses rêves : marcher sur les pas de Jean-Claude Van Damme dans Kickboxing et aller apprécier les coups de coude et de genoux des Thaïs dans un des deux stades les plus connus de Bangkok. Au programme, 9 matchs, 5 rounds de 3 minutes par match, et assez peu de casse au final. Les poids des combattants dépassant rarement les 60 kilos, ce ne fut pas d’une grande violence. Le seul combat de Muay Thaï que nous avons vu rassemblant deux combattants de 65 kilos s’est soldé par un KO Technique suite à un coup de genoux dans la tête. Et cerise sur le gâteau, nous avons retrouvé Rambo ! Tout le monde se demandait ce qu’il faisait depuis le dernier Chef d’œuvre sorti au cinéma ? Et bien il était simplement sur un ring à Bangkok…

Mais le vrai spectacle de ce sport est réellement dans la salle : chaque participant réalise une danse étrange avant le combat pour s’attirer les bonnes grâces des esprits, la musique traditionnelle vient accompagner chaque geste durant le combat, les gens hurlent dans la fosse, pariant avec un système incompréhensible… Pour les cinéphiles, j’ai essayé d’écouter si des gens criaient « Natsuko », mais non…

Jour 2

Nous avons débuté notre deuxième journée par la visite d’un des deux Wat les plus connus de Bangkok : le grand palais et son Wat Prah Keo renfermant le Buddha d’Emeraude. Pour information, aucun Wat de Bangkok n’est antérieur au 18ième siècle, ce qui réduit la portée historique de ces lieux.

Le grand palais est un ensemble architectural assez cohérent et typique de l’art Thaï. Il abrite entre autre le fameux Buddha d’Emeraude… qui en fait est en Jade. Le mot « Emeraude » faisant ici référence uniquement à la couleur verte. Les bâtiments sont brillants, possèdent des toits superposés caractéristiques et donnent une vraie impression de richesse, bien plus qu’au palais royal de Phnom Penh.

Nos pas nous ont ensuite menés vers le Musée national, sympathique musée présentant l’histoire de la Thaïlande depuis la préhistoire ainsi que quelques sculptures, armes, charriots royaux. Un bon complément à la visite précédente.

Tout notre dimanche après-midi fut consacré à une balade dans le marché Chatuchak, au nord  de la ville. C’est un immense marché et il est assez agréable de s’y perdre et de laisser ses yeux vagabonder sur les différents étals présentant à peu près tout ce qui est possible (vêtements, sculptures, gadgets, nourriture, artisanat etc).

Nous avons ensuite pu observer ce monstre qu’est Bangkok en nous aventurant sur le dernier étage de la tour Baiyoke II, plus grand gratte-ciel de Thaïlande, culminant à peu près à la même hauteur que la Tour Eiffel. Nous avons pu nous apercevoir de l’ampleur que la ville avait pris, et l’impressionnant spectacle des routes qui s’entrecroisent sur plusieurs niveaux, du métro aérien et du skyline du quartier d’affaires.

Le soir, sous la pression de Marion une fois de plus, nous sommes allés faire un tour au quartier de Patpong, deux petites rues qui forment le quartier Chaud le plus connu de Bangkok (du monde ?). Là se dresse un marché nocturne ou se croisent vieux pervers et famille avec enfants dans un curieux maelstrom assez dérangeant. D’autant plus que les Gogo bars de ce quartier du Sexe mondialement connu laissent leurs portes ouvertes si bien qu’on peut voir depuis la rue les Thaïes en petite tenue se trémousser lascivement autour de leur barre. Il faut quand même noter la créativité de ces bars de nuit qui vous proposent tous les 10 mètres des shows très…particuliers : ping pong show, banane show etc. Il est inutile de donner plus d’explications je pense. Marion ayant déjà mangé des fruits dans la journée et n’aimant pas trop le ping pong, nous n’y sommes pas allés.

Jour 3

Nous avons gardé le meilleur pour la fin.

D’abord le Wat Pho. Très bel ensemble, encore utilisé aujourd’hui  par les bonzes (qui y vivent) et les élèves masseurs (qui s’essayent sur les dos des touristes). Il est surtout connu pour son Buddha couché géant de 45 mètres de long. Assez impressionnant ! Dans le temple alternent les statues de Buddhas et petits espaces de verdure, rendant ce complexe très agréable.

Nous avons ensuite poursuivi notre découverte de Bangkok par l’attraction qui nous a certainement le plus plu à tous le deux. Nous avons réservé un long-tail boat, bateaux typiques de thaïlande et sillonné les khlongs sur la rive droite. Là, le Bangkok originel s’est révélé à nous au travers de ses maisons sur pilotis et des sourires des enfants nous saluant.

Nous avons également pu nous rendre compte du nombre impressionnant de poissons dans le fleuve.

Quand on connait la puissance de certaines pluies ici, on se demande réellement comment certaines maisons arrivent à tenir. Et il faut également noter que Bangkok se trouvant à 2 mètres seulement au-dessus du niveau de la mer, la montée des eaux engendrée par le réchauffement climatique ne va pas aider…

Last but not least, nous avons visité la maison de Jim Thompson. Américain né en 1906, il s’attela durant la deuxième partie de sa vie, après avoir travaillé pour la CIA, à redémarrer le commerce de la soie, alors au ralenti dans le pays. Il devint riche et mourut en 1967 en Malaisie lors d’un treck. On ne sut jamais comment : tué par un tigre ? Renversé par une voiture et enterré ? L’Histoire ne le saura sans doute jamais. Mais il a quand même eu le temps de construire sa maison. Et quelle maison ! Il a fait déplacer plusieurs maisons traditionnelles en teck du nord de la Thaïlande dans Bangkok pour se créer son petit havre de paix au bord d’un khlong. C’est une version asiatique et plus courte de la visite de la maison des Camondo à Paris. Il avait du style cet américain !

Bangkok est une ville qui suscite à la fois de l’attirance et de la répulsion. Attirance pour sa diversité, son architecture, ses quartiers variés et bien délimités, mais répulsion pour sa taille, sa pollution, les paysages urbains de tours grises érigés ci et là. On voit aisément que la mondialisation de l’économie n’a pas fait que du bien à ce qui était à l’origine une très belle petite ville typique de Thaïlande. Ici, le maître, c’est celui qui a de l’argent, celui qui a des bahts : le baht-man. Quelle meilleure manière de terminer cet article que par cette incroyable jeu de mot !

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6 commentaires pour Bangkok, ville de contrastes

  1. brigittesinan dit :

    Bien belle escapade! et la cuisine??? une légende?
    Bisous à tous les deux

    • eldudi40 dit :

      La cuisine est assez bonne mais ils mettent beaucoup (beaucoup) de piments dans leurs plats… On a vite la bouche en feu! Mais comme tu liras dans le Post sur Ayutthaya, j’ai pu goûter quelques larves et énormes criquets… là c’est moins épicé!

  2. Philippe Couture dit :

    Pourquoi pas plus de photos de Patpong?
    Le vieux pervers

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