Deux jours au coeur du Vietnam rural

Perdu dans les hauts plateaux du centre du pays, à quelques kilomètres seulement des frontières laotienne et cambodgienne, Kon Tum n’a rien d’une destination touristique au Vietnam et beaucoup d’étrangers, de passage ou résidents, vous répondent « Kon quoi ? » en mentionnant cette destination de voyage. Quand on est à Kon Tum, on est bien souvent le seul étranger, ou presque, de la ville. Les étrangers croisés durant notre weekend se comptent d’ailleurs sur les doigts d’une main. L’immersion est donc totale.

Parti avec Sylvain (mon compagnon de voyage à Dalat également), nous avons décidé de nous égarer dans cette partie reculée du Vietnam afin d’y rencontrer entre autre les nombreuses minorités ethniques qui peuplent la région. Après 12 heures de bus depuis Saigon, nous sommes donc arrivés dans cette ville au petit matin. S’il y a peu de choses à voir à Kon Tum, deux visites méritent quand même le détour : l’église en bois et l’archevêché, tous deux construits en bois de fer (imputrescible). Du temps de la présence française, Kon Tum a en effet été un centre important où ont été formés les missionnaires chargés d’évangéliser les minorités des hauts plateaux, toutes animistes. Le travail a bien été fait si bien que les messes, dites notamment à 5h du matin, sont ainsi toutes bondées !

Après avoir loué des motos, nous sommes partis dans les alentours visiter quelques villages sedang.

Si ce nom vous dit peut être quelque chose, c’est qu’en 1888, l’ « explorateur » français Marie-Charles David de Mayréna se fit élire (s’autoproclama plutôt) roi des sedangs. Intéressante histoire que celle de cet homme qui souhaita créer de toute pièce son royaume. Si intéressante d’ailleurs qu’elle fascina André Malraux et l’inspira pour nombre de ses œuvres. Charles David de Mayréna mourut en 1890 abandonné de tous.

Nous avons pu découvrir les fameuses maisons communales (Rong) au toit de paille tressée si distinctif. Ces maisons permettent aux villageois de se rassembler après des sacrifices par exemple atour de quelques jarres d’alcool de riz. Ces minorités vivent pour beaucoup en autosuffisance si bien que des plantations en tout genre fleurissent ci et là. Mais contrairement à Dalat, les cultures épousent ici parfaitement les courbes des collines environnantes (très peu de rizières en terrasses mais des rizières dans les plaines ou sur sol sec sur les pentes des collines). Les paysages font donc encore plus naturels et le sentiment d’immersion n’en est que plus grand. Si de nombreuses plantations peuvent être observées, le triptyque riz/banane/manioc tient quand même la première place.

La suite de la journée fut l’occasion de nous promener dans la campagne environnante, le long du fleuve local et de découvrir ainsi des paysages magnifiques. Le fourmillement vietnamien est constant, chacun s’affairant sur ses terres, bien souvent aidé par des enfants qui ne connaissent pas la douceur d’un été passé  à lézarder sur des plages.

Au bout d’un petit chemin de terre, à l’ombre d’un gigantesque banian, nous avons pris une pirogue pour descendre le fleuve. Superbe paysage et incroyable sensation que de glisser sur cette eau marron si caractéristique des fleuves vietnamiens. Nous avons même pu goûter au plaisir de nous baigner au milieu de ce superbe décor.

Après un retour dans Kon Tum (plus de 100km de motos fait dans la journée tout de même), nous avons pu prendre quelques bières réparatrices, ce qui s’est avéré être la seule occupation de la ville.

Le second jour fut l’occasion de partir à la rencontre de deux nouvelles minorités ethniques : les jaraï et les bahnars (les hauts plateaux comptent plus de 30 ethnies différentes).

Point important que j’ai omis pour l’instant, même si ce fut un fil rouge tout au long de ce weekend, nous avons vu un nombre considérable d’enfants. Vraiment. Chaque famille étant composée en moyenne de 5 à 10 membres, il n’est pas rare d’avoir 5 ou 6 enfants au sein d’une famille, leur moyenne d’âge étant souvent inférieur à 10 ans. Cela explique notamment les nombreux orphelinats de la région qui permettent d’accueillir les enfants abandonnés mais également les enfants des familles trop pauvres pour pouvoir s’en occuper convenablement.

Et après le Cambodge, il est toujours aussi magique de voir à quel point les sourires des gens sont souvent aussi grands et généreux que leur niveau de vie est faible. Enfants, mais également adultes, nous proposent bien souvent des yeux rieurs, étonnés, interrogateurs mais toujours bienveillants. Et on sent le plaisir simple et brut de dire « hello » à un étranger de passage et de lui offrir son plus beau sourire. C’est vraiment une expérience exceptionnelle et très enrichissante de traverser ce genre de villages et d’aller à la rencontre de vies difficiles, dépendantes des saisons, souvent courtes mais toujours solidaires et généreuses. A ceux qui visitent le Vietnam en ne passant que dans les endroits touristiques et les grandes villes et qui repartent en se disant que ce sont les personnes les moins sympathiques de cette région d’asie, je dis : venez faire un tour dans ces contrées et vous n’aurez pas le même jugement.

Ponctué de petits arrêts balades, nous avons donc pu nous rendre dans un village jaraï dans un premier temps. Village très rural, entrecoupé de plantations de Manioc et de café notamment, il abrite également un cimetière aux esprits. Dans la croyance jaraï, lorsqu’une personne meurt,  elle continue à vivre dans le monde des esprits et ses besoins vitaux sont les mêmes que pour nous. C’est pour cette raison que sa famille apporte sur la tombe des offrandes (riz, eau etc). Cette période dure de 3 à 7 ans environ, en fonction de la richesse de la famille. L’esprit s’en va ensuite pour ne plus revenir.

La seconde visite fut une traversée de plusieurs petits villages bahnars jusqu’à une église bondée d’enfants pour lesquels une messe était dite.

Destination peu connue et donc peu visitée des touristes, Kon Tum résonne désormais pour moi comme une promesse de calme, de nature, de simplicité, de rencontres. Le peu, voire l’absence de touristes rend l’immersion intense, bien plus qu’à Sapa. On repart des hauts plateaux plein d’images en tête et de sourires que les épreuves de la dure vie rurale ne semble altérer. Un bain de jouvence spirituel en quelque sorte !

PS: Lien vers les photos sur Picasa en fin d’article

 

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2 commentaires pour Deux jours au coeur du Vietnam rural

  1. brigittesinan dit :

    Magnifiques moments partagés….merci!

  2. Ping : Retour vers les hauts plateaux | Good Morning Saigon!

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