Myanmar – Partie 2 : Le Best of de notre voyage

Voir Partie 1 : Contexte Général et Anecdotes

Yangon : la pagode Shwedagon

Joyau du pays, la pagode Shwedagon est certainement la plus belle de toutes les pagodes. D’abord pour son côté imposant évidemment, mais également pour l’atmosphère de recueillement qui s’en dégage. C’est un vrai lieu de vie ou les birmans viennent méditer, se P1020365promener, parfois manger. Il fut assez difficile de visiter les autres pagodes du pays sans les comparer à celle-ci.

Les archéologues situent sa construction entre le VIeme et le Xieme siècle de notre ère. Elle fut modifiée, agrandie, dorée au fil des siècles pour donner ce stûpa gigantesque de 98 mètres.

Lorsque la nuit vient et que les derniers rayons de soleil s’estompent, des projecteurs prennent alors le relais et la magie opère. L’or jaillit des moindres recoins de la pagode et le stûpa central semble alors encore plus grand, mystérieux et grandiose qu’en plein jour.

Et aussi : le Musée National (présentation médiocre mais intéressant), Pagode Botataung (une des seules pagodes où l’on peut rentrer dans le stûpa central), balades dans le centre-ville (encombré, grouillant de monde, avec des influences indiennes et chinoises), le marché Bogyoke (ou Scott market)

Mandalay :

Ville quadrillée à la règle autour de l’ancien palais de Mindon (avant-dernier Roi de Birmanie de 1853 à 1878), lui-même entouré d’une douve assez large permettant de P1020508prendre de superbes photos de reflets au coucher de soleil), Mandalay n’est pas à première vue une ville agréable car trop poussiéreuse et monochrome. Mais elle a ce côté typique et authentique qui lui donne énormément de charme, si bien qu’on se plait à y trainer en vélo pour découvrir les richesses qu’elle cache.

Capitale royale de 1857 à 1885, elle est entourée de 3 autres anciennes capitales royales (Amarapura (1841 à 1857), Sagaing (1315 à 1363), Ava (1364 à 1760)) et de Mingun, une ville qui garde le projet fou et avorté du roi Bodawpaya, en 1790, de créer le plus grand stûpa au monde.

Pour la petite histoire, Mindon et son fils Thibaw (dernier Roi Birman de 1878 à 1885) n’étaient pas des personnes très recommandables.

Pour assurer la protection de son palais, Mindon, aidé par ses aimables astrologues, décida d’enterrer 3 personnes vivantes sous chacune des tours de garde du palais. Pas vraiment sympa tout ça, d’autant que ça n’a pas marché : 29 ans plus tard le palais tombait aux Les deux deniers Rois de Birmanie - Mindon et Thibawmains des anglais.

Son fils Thibaw a quand même la palme d’or : à la mort de son père en 1878, il fit assassiner 72 frères et sœurs, oncles et tantes, avant de régner sur Mandalay. On a beau ne pas trop aimer sa famille, la solution reste un peu excessive.

Voici le Best of de nos visites sur Mandalay :

–          Monastère Shwe Nandaw ou maison du roi Mindon : tout en teck, c’est le P1020447seul bâtiment restant de l’ancien palais royal de Mindon. Thibaw l’avait fait déplacer en 1880 car le bâtiment était trop chargé de souvenirs douloureux. Cela l’a préservé au final puisque le palais de Mindon fut détruit dans un énorme incendie durant la seconde Guerre Mondiale.

–          La vue sur les collines de Sagaing et les longs chemins sinueux couverts par des toits en escalier pour aller d’une pagode à une autre.

–          L’impressionnant stûpa inachevé de Mingun. Le roi Bodawpaya voulait créer la P1020780pagode ultime mais il ne put achever son œuvre, faute d’argent, de main d’œuvre notamment. Résultat, le tas de briques le plus cher au monde ! Un projet véritablement pharaonique. On peut voir l’équivalent de la base de ce qui devait être le stûpa central, et qui représente 1/3 seulement de l’ensemble de l’édifice qui devait être réalisé.

–          Le coucher de soleil sur le pont U-bein à Amarapura. Plus long pont en teck au monde (1200 mètres de long, construit en 1849), il est l’un des lieux les plus célèbres du pays. Voir les moines traverser ce pont à la tombée de la nuit, quand un voile de brume vient doucement se poser sur le lac, fut certainement l’un des moments les plus beaux de notre séjour.

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–          Spectacle des Moustache Brothers : une superbe rencontre ! Troupe familiale de comiques birmans, ils critiquèrent vivement le régime dans les années 90, ce qui value à deux d’entre eux entre 6 et 7 ans de travaux forcés. Ils ont aujourd’hui le droit de continuer leur spectacle mais uniquement dans leur maison et pour un public d’étrangers. P1020422On s’assoit donc sur des petites chaises en plastique dans leur garage où est improvisée une scène sur laquelle ils racontent leur histoire et nous parlent du folklore birman. Un grand moment assez émouvant quand on pense au rôle historique qu’ils ont joué pour leur pays car ils ont largement contribué à ce qu’on parle de la Birmanie dans la presse et à ce que l’opinion internationale s’intéresse à ce pays. Une petite blague pour la route : « Quand je dois aller chez le dentiste, je vais à Singapour. On a beaucoup de dentistes ici mais je vais à Singapour. Car en Birmanie, on n’a pas le droit d’ouvrir la bouche. »

Et aussi : Atumashi Kyaung (grand mais vide à l’intérieur), Pagode Kuthodaw (construite en 1857 ; joli ensemble de chedis blancs, Pagode Kyauktawgyi (énorme buddha fait à partir d’un seul bloc de marbre), Colline de Mandalay (très belle vue sur la ville), spectacle de marionnettes (un peu soporifique), Fabrique de feuille de bambous, fabrique de feuilles d’or, Pagode Mahamuni (construite en 1784, elle est l’une des plus vénérées du pays. Le buddha central semble porter un manteau tellement il est recouvert de feuilles d’or), visite d’Inwa (visite en calèche).

Descente de L’Irrawaddy entre Mandalay et Bagan :

A l’heure où le monde ne jure que par la vitesse, prendre le bateau local entre Mandalay et Bagan revient à remonter dans le temps. Départ à cinq heures du matin pour un trajet de 14 heures, au rythme du fleuve, lent et calme. Après un lever de soleil sur Sagaing, on P1020835s’installe sur le sol et on observe la vie à bord du bateau, on discute avec les birmans, on regarde la vie à l’extérieur et on apprécie le temps qui s’écoule doucement. Le bateau s’arrête à plusieurs reprises au milieu de nulle part, où des gens, des charrettes, des buffles sortent du néant afin de nous rejoindre ou P1020854simplement de charger des caisses sur la bateau avant de rejoindre l’horizon. Un voyage d’un autre temps qui vaut la peine d’être vécu tant il sort de l’ordinaire et parait anachronique.

Bagan :

Tous les superlatifs ont été utilisés pour décrire Bagan. Capitale royale de 1044 à 1287, Bagan est un idéal, un rêve. C’est Ayutthaya en plus grand et plus varié. C’est comme une victoire de l’équipe de France de rugby, ou un gouvernement sans Hollande, on en rêve mais ça n’arrive pas. Et bien là, si.

Des centaines, des milliers de temples dont les stûpas, droits et pointus, déchirent l’horizon. Il y fait chaud et cette chaleur est accentuée par l’aspect désertique du paysage et la terre flottant en permanence dans l’air. Si le site est touristique, en un coup de pédale on peut se retrouver au milieu de nulle part à visiter seul un temple abandonné au milieu d’un champ. Le jeu consiste alors, tels de petits Indiana Jones, à trouver un de ces escaliers cachés qui permettent parfois de monter sur le toit des temples et de jouir du paysage une fois au sommet.

La période de gloire de Bagan étant relativement large, les temples sont assez différentes et on se plait à observer les différences entre chacun.

Plus romantique que le site d’Angkor car moins modifié pour les besoins du tourisme (peu de routes goudronnées sur le site au final), le site donne un sentiment d’immensité et de liberté. Et que dire au petit matin quand de la brume et des premières lueurs surgissent de toute part ces temples millénaires et que viennent s’ajouter au tableau des montgolfières caressant l’horizon.

Définitivement LE site à voir en Birmanie.

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Trois jours de Trek entre Kalaw et Inlé :

Nous avons décidé de rejoindre le lac Inlé à pied (dommage que nous ne venions pas de Chine…) depuis Kalaw, soit un trek de 3 jours. Un trajet qui fut l’occasion de rencontrer certains des groupes ethniques qui peuplent cette zone de Birmanie. Si les paysages sont souvent assez désertiques sur la fin, le premier jour fut vraiment magnifique. Après la traversée d’une forêt de pins (nombreux dans la région, Kalaw étant un peu le Dalat local, c’est-à-dire le lieu de villégiature des colons britanniques du temps de leur présence en Birmanie), nous avons suivi des rails (qu’empruntent tous les jours des trains… mais le jeune guide nous a assuré qu’il n’y avait pas de danger) jusqu’à une gare kusturica-ienne, perdue au milieu de la montagne où nous avons pu observer la vie improbable des locaux , rythmée par les passages des trains.

Les chemins sinueux nous ont ensuite menés vers des paysages de plantations en tout genre (fraises, choux-fleurs, coriandre etc), de superbes champs d’ail en terrasse (assez P1030058semblables à des rizières) puis vers le lieu de notre première nuit : un monastère adossée à un village. On se serait cru chez les Hobbits (Le Seigneur des Anneaux pour les incultes). Pas pour les poils non, mais pour le côté parfait de ce village de paysans : des plantations de fleurs multicolores, de jolies maisons en bois parfaitement construites, des enfants courants partout le sourire aux lèvres et vous sautant littéralement dans les bras. Un Eden agricole perdu dans les montagnes.

Nous avons donc dormi dans le Monastère à côté du village et là, nous avons rencontré le moine fou qui dirigeait le monastère.

Devenu moine à 8 ans (il en a désormais 48 ans), il m’a confirmé à lui tout seul que le triangle d’or de l’opium devait toujours être actif. Je n’ai vu que cette explication. Parlant P1030051anglais comme une vache espagnole à qui on aurait appris l’hébreux, il nous a régalés de ses fous rires et de ses phrases incompréhensibles que seule Marion semblait en mesure de déchiffrer. « Good broda, good sita, welcom to the monassety. Be care you hel ». Comprenez : « good brother, good sister, welcome to the monastery. Be careful with your health”. Je suis resté sans voix. Il faut dire qu’il a appris l’anglais tout seul au contact des touristes venus le voir et cela donne une sorte de patois, apparemment compréhensible que des grenoblois. Une rencontre improbable avec ce moine attendrissant et très, très, très drôle. Nous n’allons pas l’oublier de sitôt.

Le second soir, nous avons dormi chez l’habitant dans une maison d’un petit village de montagne. Ce fut peut être le meilleur moment du séjour. Nous avons décidé de rejoindre la famille chez qui nous dormions pour partager la soirée en leur compagnie. Entourés P1030094d’enfants et de quelques adultes, assis sur le sol, nous avons discuté et partagé quelques boissons. Nous étions également en compagnie d’un couple d’Aix en Provence qui étaient venus avec quelques tours de magie dans leur poche. Au plus grand plaisir des enfants qui se sont régalés à essayer de comprendre comment la pièce qui venait de disparaitre pouvait réapparaitre derrière leur oreille. Un moment de partage exceptionnel qui restera longtemps graver dans ma mémoire.

Inle :

Le lac Inle est un oasis de fraîcheur au milieu d’une campagne aride. Arriver de 3 jours de trek et remonter le lac sur une longue barque donne le ton : maisons sur pilotis, cultures flottantes, pêcheurs conduisant leur esquif debout en enroulant leur pagaie avec une jambeP1030159 pendant qu’ils se servent de leur bras pour pêcher à l’aide de leur piège… Bref on est de suite dans l’ambiance. La richesse de ce lac très peu profond (jamais plus de 5 ou 6 mètres de profondeur, et encore en saison des pluies) vient de la vie qui se déroule en son cœur. Une véritable vie de villages avec ses maisons et magasins sur pilotis, les différentes ateliers qu’on peut aller visiter (tisserands, orfèvres etc). Le plus étonnant est qu’on en vient parfois à se demander si certaines choses flottent vraiment tant on a l’impression qu’il s’agit du sol (notamment pour les jardins flottants).

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Même si le lieu est assez prisé des touristes, on en croise assez peu car le lac est très grand et se visite dans une barque privée. On avance dans des canaux parfois très étroits P1030266jusqu’aux différentes destinations (marché, pagodes etc). Au coucher du soleil, un rideau brumeux vient se poser sur le lac pour dessiner à l’encre noir les contours des pêcheurs dansant autour de leur pagaie. Une méthode sortie du passé qu’on ne se lasse pas de décrypter.

Entre découverte du lac et balade en vélo dans les alentours, notre passage à Inle fut reposant, intéressant et immersif. Nous avons même eu l’occasion de visiter l’un des deux vignobles du pays (géré par un français qui a ramené tout le matériel de l’étranger) et de déguster les différents vins.

+ Ateliers Orfèvrerie, cigares, ombrelles, tisserands, visite de la grotte de Pindaya ou grotte aux 9000 buddhas (une vaste opération commerciale pour faire venir les touristes. Sans intérêt si ce n’est le plaisir de lire les ex-voto sous forme de plaques installées sous chaque buddha, payés 300 euros par les touristes de tous pays, et retranscrits à la « presque » perfection par les locaux – Sin gapour, Singa Pour, Prance, New-Yory et j’en passe…).

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Des charrettes branlantes, une atmosphère terreuse, une vie qui semble s’écouler aussi lentement que les bateaux sur l’Irawady, une Histoire riche d’un passé glorieux, le Myanmar est multiple. Il ne peut être résumé à un site historique, aussi grand et riche soit-il ou à une pagode aux dimensions improbables. C’est une ambiance, l’impression de traverser un pays où la pendule s’est arrêtée il y a plusieurs décennies et commence à peine à repartir.

Si on y vient pour son Histoire et ses célèbres sites, on y trouve une richesse plus grande encore : ses habitants. Riches intérieurement, généreux, parmi les plus agréables et attachants que nous ayons vues en Asie du sud-est. On a beau avoir vu des sites aux noms aussi magiques que Bagan ou Inle, on revient avec des visages et des sourires dans la tête, plus que des pierres et de l’or. C’est là toute la magie du Myanmar.

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10 commentaires pour Myanmar – Partie 2 : Le Best of de notre voyage

  1. Lilililas dit :

    Magnifique photos et article/reportage !
    Merci pour ce régal.
    Belle journée – Lili

  2. les vieux dit :

    Mieux que GEO . Encore bravo !!

  3. couture christine dit :

    merci à -4 et sous la neige on a du mal à vous imaginer en tee shirt et short bises

  4. brigittesinan dit :

    magnifique reportage, photos parlantes….nous irons grossir la masse des touriste aux cheveux blancs!
    Gros baisers à vous deux

  5. nicolas chevrier dit :

    hello good broda…
    Ton récit m’a fait replonger dans notre voyage, ce fut un plaisir de partager ce trek avec vous.
    Ton blog est nickel, on viendra jeter un coup d’œil de temps en temps pour nous donner des idées de voyage.
    Niko ( le magicien ah ah )

  6. Ping : Myanmar – Partie 1 : Contexte général et anecdotes | Good Morning Saigon!

  7. Merci pour cet article très poétique. Tu nous vante tellement la beauté de Myanmar qu’il a fini par éveiller notre intérêt. Effectivement, on y trouve beaucoup de belles choses. En voyant ce coucher de soleil, j’ai envie d’y passer ma lune de miel. Je viens de craquer pour ce pont d’Amarapura à l’instant après avoir vu cette photo. Je considère que c’est l’un des endroits les plus romantiques au monde.

  8. super article !
    ca fait longtemps certes mais avec 3 amis, nous partons la bas fin avril. Aurais tu des conseils niveau santé à nous donner? ou tout autre conseil?
    merci !

    • eldudi40 dit :

      Merci! Pas vraiment de conseils non. Si tu restes dans le circuit « traditionnel » Yangon / Mandalay / Bagan / Inle, le parcours est sûr. Ils ont même construit une route en bitume entre bagan et Inle qui rend le trajet en bus plus supportable. Restez au moins 3 jours à Bagan, et promenez vous au hasard en vélo, c’est vraiment Top! Ah et dernière chose, ça a peut être changé depuis, mais quand j’y suis allé, l’offre hoteliere/Guest house
      à Bagan était toute petite. Donc si vous pouvez réserver depuis Mandalay (si vous y allez avant) c’est mieux. Bon voyage!

  9. Ping : Partie 3/3 – Le sud de la Jordanie : de Indy à Lawrence | Un Visa pour le Monde

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