Quy Nhon : une station balnéaire… vietnamienne…

Située vers le centre du Vietnam, entre les villes de Nha Trang et de Hoi An, Quy Nhon est l’un des ports secondaires les plus actifs du Vietnam.Carte Vietnam Sud
Si la ville ressemble en apparence à Nha Trang, avec sa grande baie et son front de mer piéton, elle est en réalité bien différente. N’étant pas dans les circuits touristiques, on s’y sent réellement en territoire vietnamien, ce qui peut parfois créer des surprises comme vous le verrez.

Si la ville fut créée  à proprement parlé en 1898, son passé historique remonte au Royaume de Champa. Le Champa est un royaume hindou qui émergea à la fin du IIème siècle au centre du Vietnam actuel (aux alentours de Danang plus précisément). A Est de L'Indochine vers 1100cette époque, le Vietnam constituait une escale primordiale sur la route maritime entre la Chine et l’Inde. Alors que les Chinois qui dominaient le nord apportèrent au Vietnam confucianisme, taoïsme et le bouddhisme mahayana, les Indiens introduisirent le bouddhisme theravada et l’hindouisme au Champa.
Au VIIIème siècle, le Champa s’était étendu vers le Sud, englobant les actuelles villes de Nha Trang et de Phan Rang.

Au 11ème siècle, le peuple Cham a migré vers le sud et a déplacé sa capitale vers un endroit situé à environ 30 km au nord de l’actuelle Qui Nhon et a été nommée Vijaya. Elle a survécu jusqu’en 1471 jusqu’à ce que la citadelle soit saccagée par les Vietnamiens.

Peuple guerrier, les Cham lançaient des attaques le long de la côte indochinoise, affrontant en permanence les Vietnamiens au nord et les Khmers au sud. Pris entre deux ennemis ils finirent par perdre leur royaume.

Plus récemment la ville servit de base navale et militaire pour les américains pendant la Guerre. La région, hautement stratégique du fait de sa situation géographique, fut d’ailleurs généreusement nettoyée au Napalm par les soldats de la bannière étoilée.

Il y a relativement peu de visites à faire à Quy Nhon mais elles restent néanmoins intéressantes.

Nous avons pu nous promener dans la célèbre léproserie de Qui Hoa, ensemble calme et reposant, isolé entre deux montagnes et constitué d’un hôpital et de petites villas avec Han Mac Thujardins. Elle recueillit le dernier souffle du poète mystique Han Mac Thu (1912 – 1940). « Anges du Ciel, anges de Dieu, anges de Paix et de Gaîté, / apportez-moi une couronne. / Je veux me baigner dans l’océan de Lumière et d’Amour divin. » Tel fut son dernier (incroyable) poème, rédigé en français et tracé à grand peine d’une main déformée, dédié aux religieuses franciscaines qui oeuvraient à Qui Hoa. L’histoire ne dit pas si on lui apporta sa couronne.

On peut également y découvrir un « jardin des célébrités » qui rassemble les bustes de médecins renommés (parmi lesquels Pasteur et Paré) accompagnés de brèves biographies (parfois en français) qui n’ont apparemment jamais fait l’objet de relecture…

P1030316Cette halte nous permit de profiter de la plage avoisinante, totalement déserte et simplement constellée de quelques thuyen thúng, ces bateaux qui ressemblent à des coquilles de noix dont les vietnamiens se servent pour pêcher.Nous avons ensuite continué notre route vers le Sud en direction d’une nouvelle plage. Longue bande de sable blanc, là encore complétement désertée par les locaux. Il faut savoir que les vietnamiens ne sortent que très peu sur la plage la journée. Il y fait trop chaud et ils préfèrent faire la sieste à l’ombre, jouer aux dés ou boire des bières (je parle des hommes évidemment ; la plupart des femmes travaillent durant la journée).P1030338

Notre second jour à Quy Nhon fut dédié à la découverte des tours Cham, vestiges du Royaume de Champa, disséminées dans la région. C’est là le véritable intérêt de la zone. Si

Thap Banh It (XIe siècle)

Thap Banh It (XIe siècle)

trouver ces tours demande parfois un peu de persévérance (la plus lointaine étant à environ 50 km de la ville), elles permettent d’avoir une idée assez claire de l’art Cham, dont l’influence khmer parait évidente. Toutes ces constructions datent du XIeme et XIIeme siècle environ, soit la période la plus prospère pour le Royaume de Champa.

Qu’elles soient situées sur le haut d’une colline inaccessible, par-delà un grillage fermé qu’on doit escalader ou au milieu de rizières perdues dans la campagne, chaque tour présente un véritable intérêt historique. De plus, la zone étant totalement délaissée des touristes et (presque) des autorités locales, on peut s’y promener tranquillement tels des aventuriers en herbe.

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Le dernier de nos trois jours sur place nous permis de profiter à nouveau du calme de la plage de la léproserie, à l’ombre des cocotiers.P1030395

Destination recommandable me direz-vous ? Pas vraiment en réalité. Car si la région offre quelques très jolies plages et des sites intéressants, elle n’est pas très reposante psychologiquement. J’ai pour habitude de m’autocensurer sur ce type de mésaventures mais il est absolument impossible d’en faire abstraction à l’heure de raconter notre weekend.

Voici simplement trois exemples  (d’une longue liste) de moments magiques auxquels nous avons eu droit :

–          Alors que nous étions assis dans un boui boui local, nous avons appelé tour à tour 3 serveurs pour qu’ils prennent notre commande et ils ont tous réagi en souriant bêtement, faisant « non » de la main, puis sont partis se cacher en cuisine. Personne ne venant nous proposer quoi que ce soit au bout de 10 minutes, nous sommes partis. Quelques secondes après notre départ, un autre groupe, de vietnamiens cette fois, nous avait déjà remplacé sur les chaises et se faisaient déjà servir.

–          Arrivés dans un restaurant, nous avons commencé à lire et étudier un menu qui était sur la table. Ce menu était écrit en vietnamien mais nous arrivons désormais à lire l’essentiel de la carte. Peu de temps après, une serveuse est venue nous arracher le menu et nous en a proposé un autre, écrit en anglais cette fois, mais avec des prix tous bien plus chers que sur l’autre menu. Comme nous savions lire le vietnamien nous avons pu voir la différence et nous avons donc demandé au serveur quels prix étaient les bons. Là encore, réponse habituelle : sourire hébété et fuite face à la situation gênante.

–          Dernier exemple : alors que Philou était en train de dormir au bord de la plage sur un hamac, un vietnamien sorti de nulle part est venu tapoter son épaule, et donc le réveiller pour qu’il accepte de se faire prendre en photo avec lui… (il a évidemment refusé).

S’il est concevable que des personnes étant peu en contact avec des occidentaux se montrent curieux et intéressés, cela se traduit bien souvent au Vietnam, et plus que jamais à Quy Nhon, par des comportements enfantins parfois absurdes, souvent inappropriés et gênants. Ces comportements parodiques ne peuvent même pas trouver leur justification dans le relatif isolement de la ville car même à Kon Tum, ville bien plus à l’écart de la civilisation, les habitants n’agissaient pas de la sorte.

Ces quelques désagréments nous ont donc plutôt pesés tout au long du weekend, même s’ils nous ont permis à la longue de bien rigoler.

Beaucoup moins touristique que ne l’est Nha Trang, Quy Nhon est également beaucoup moins « prête » au tourisme tout simplement. Elle présente néanmoins certains attraits indéniables et peut constituer une étape d’un jour dans un trajet Nord-Sud. Les tours Cham découvertes représentent même les plus beaux vestiges  du Royaume de Champa entrevus jusqu’à maintenant (Site de My Son près de Hoi An, et Site de Ponagar à Nha Trang).

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4 commentaires pour Quy Nhon : une station balnéaire… vietnamienne…

  1. enjoy my friends , quoique plage de la léproserie ça donne pas vraiment envie aux clients ….smiles ….

  2. les vieux dit :

    Putains de communistes !! Chez nous, ce n’est pas encore ça, mais on n’en est pas loin …

  3. Vous avez oublié que le VietNam a traversé des guerres terribles de 1946 jusqu’à 1975, surtout le Centre du Vietnam qui a subi les bombardements, les incendies, les massacres (My Lai en est un exemple), l’arosage de l’agent orange, napalm….donc si vous êtes en touristes, avec un sac à dos, motorisé, lunettes noires, curieux partout…vous pourriez ressentir des « moments magiques » comme vous avez écrit. Imaginez vous, que les gens de touristes traversent nos villages de France avec un sac au dos et sur moto ?!
    La population est consciente que le pays est à eux, comme la France est à nous, lorsqu’on est en France, chez nous. L’orgueil des francais, vis à vis les touristes étrangers, venant dépenser leurs argents chez nous, payer les prix exorbitants pour l’économie francaise, en dit long. Jusqu’à présent, Quy Nhon est un oasis de calme, pour ceux qui savent apprécier le calme, ce qui n’est pas le cas de Nha Trang ou ailleurs, et Quy Nhon est une station balnéaire importante pour le tourisme intérieur. Cette situation pourra changer par un nouveau concept du tourisme de la région et de la ville à partir de 2015.

    • eldudi40 dit :

      Bonjour Mathilde, avant toute chose, sachez que je juge de manière probablement encore plus critique les personnes et les lieux quand ils s’agit de la France. J’aime le Vietnam et je ne me considère pas comme les touristes mentionnés dans vos mails (je n’y serais pas resté deux ans sinon et je ne serais pas allé à la rencontre de ses habitants, aussi perdus soient-ils dans le coeur des montagnes du nord).
      Je n’ai jamais mis en cause l’intérêt que pouvait présenter la région de Quy Nhon, et jamais je ne mettrais en cause le fait que le lieu soit calme (c’est ce que je recherchais dans mes virées, notamment quand j’allais vers Kon Tum ou ailleurs dans les hauts plateaux). Mes critiques allaient uniquement vers une énorme partie des locaux qui ne faisaient aucun effort pour comprendre nos rudiments de vietnamien. Je le parle très mal, mais que ce soit au nord ou au sud (par rapport à l’accent), j’ai toujours réussi à me faire comprendre… sauf à quy nhon. Et croyez-bien que je sais lire une carte de restaurant en vietnamien ou tout autre chose de la vie de tous les jours. Il est évident que le contact avec les étrangers et l’ouverture de cette zone leur apprendra à échanger plus facilement mais il n’empêche que ne pas pouvoir échanger avec les habitants sur place est très frustrant surtout quand on sait qu’ils comprennent ce que vous dites.Imaginez un vietnamien parlant un peu le français qui se promènerait dans un petit village de campagne en France mais que personne ne ferait l’effort de comprendre. Ne sentirait-il pas aussi frustré?
      Quoi qu’il en soit, le message que j’ai voulu transmettre n’est pas celui que vous avez mis en avant, et je m’excuse si j’ai pu vous offenser par ce texte. Lisez les autres articles sur le Vietnam que j’ai pu écrire et vous verrez je l’espère mon amour et ma passion pour ce pays ET ses habitants.

      Tam biet 🙂

      Guillaume

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